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Le chapitre 2 du "Contre Mahomet" (parties 2A et 2B)
"CONTRE MAHOMET, réfutation de l'enseignement et de la valeur morale des actes prétendument exemplaires de Mohammed ben (fils de) Abdallah ben Abdelmottalib ben Hâchim ben Abd-Monâf ben Qosayy ben Kilâb ben Morra ... ..., alias "père de Qâsim", alias "le sceau de la prophétie", alias "l'envoyé de Dieu", ..."
(Première partie)
Otillio Klass-Amann
2002
CHAPITRE 2
DE L'INCOMPATIBILITE DOGMATIQUE DE L'ISLAM ET DU CHRISTIANISME
SUR L'OPINION DU CORAN ET DE MAHOMET CONCERNANT LA FALSIFICATION DES EVANGILES CANONIQUES ET LA PERTE DU « VERITABLE » MESSAGE DE JESUS DE NAZARETH.
2A Opinion des docteurs de l'islam :
Toute doctrine nouvelle apparaissant dans le champ encombré des idées religieuses et philosophiques ne peut parvenir à y trouver place qu'en taillant des croupières à ses devancières, qui sont aussi ses rivales. L'islam ne fit pas exception à la règle : prétendant recevoir ses révélations du même dieu que celui adoré par les juifs et les chrétiens, voulant faire admirer des enseignements forts différents de ceux admis par lesdits juifs et chrétiens, Mahomet, afin d'éliminer la contradiction et se protéger de l'accusation d'innovation hasardeuse, prit l'offensive et déclara à qui voulait l'entendre que si ses principes religieux ne correspondaient pas à ceux des juifs et des chrétiens, s'était, tout simplement, que les Textes Sacrés de ces deux groupes, la Thora et les Evangiles, avaient été falsifiés, et que, donc, ils ne pouvaient plus rivaliser en véracité et en pureté avec ses propres révélations, obtenues de la bouche même de l'ange Gabriel et consignées dans le Coran.
« Jésus otage », page 163 |2-1| :
« Les musulmans considèrent que l'Evangile révélé par Dieu à Jésus a disparu. Il a été corrompu par les disciples de Jésus. Les Evangiles chrétiens ne sont pas l'Evangile de Jésus. Le fait qu'il y en ait quatre et qu'ils soient différents est une preuve évidente - à leurs yeux - qu'ils ne peuvent prétendre être le Livre divin révélé par Jésus. »
« Jésus otage », page 164 :
« Outre le rejet total de ces textes, dans la logique profonde de la foi musulmane, et à cause des affirmations des Evangiles chrétiens, les musulmans ont trouvé dans le Coran des textes qui expliquent bien la corruption de l'Evangile de Jésus par ses disciples. Malgré les interprétations lénifiantes qu'on a cru déceler chez certains auteurs musulmans, l'opinion d'Ibn Hazm de Cordoue, qui considère les Evangiles comme totalement corrompus, est la plus générale et la plus en accord avec la logique de la foi musulmane. »
Voici quelques versets coraniques (traductions D. Masson, M. Hamidullah, S. Hamza Boubakeur, M. Kasimirski, A. Chouraqui) |2-2| qui traitent de ce problème :
Sourate 5, versets 47 et 48 (trad. D. Masson), sur la possibilité d'une falsification d'un texte sacré :
« Que les gens de l'Evangile jugent les hommes
d'après ce que de Dieu y a révélé.
Les pervers sont ceux qui ne jugent pas les hommes
D'après ce que Dieu a révélé.
Nous t'avons révélé le Livre et la Vérité,
Pour confirmer ce qui existait du Livre [soit l'unique révélation divine éternelle ], avant lui,
En le préservant de toute altération. »
Sourate 5, parties des versets 12,13, 14 et 15 (trad. D. Masson):
« Dieu a contracté une alliance avec les fils d'Israël
et nous avons suscité douze chefs parmi eux.
…
Mais ils ont rompu leur alliance,
Nous les avons maudits
Et nous avons endurci leurs cœurs.
Ils altèrent le sens de paroles révélées ;
Ils oublient une partie de ce qui leur a été rappelé.
Parmi ceux qui disent :
Nous sommes Chrétiens
nous avons accepté l'alliance,
certains ont oublié une partie de ce qui leur a été rappelé.
…
O gens du Livre ! [soit Juifs et Chrétiens]
Notre Prophète est venu à vous.
Il vous explique une grande partie du Livre,
Que vous cachiez.
Il en abroge une grande partie. »
Sourate 5, partie du verset 41(trad. M. Hamidullah) :
« O messager ! Que ne t'affligent pas ceux qui concourent en mécréance, de ceux dont la bouche dit : Nous croyons, alors que leurs coeurs ne croient point ! Ni non plus ceux qui se sont faits Juifs. Ce sont des espions qui n'écoutent que pour le mensonge, espions qui écoutent pour les autres qui ne viennent pas près de toi ; détournant ensuite le mot de ses sens ils disent : Si c'est ça qu'on vous a donné, alors recevez-le ; et si ce n'est pas ça qu'on vous a donné, alors prenez garde ! »
Sourate 3 versets 69 et 70 ( trad. Si Hamza Boubakeur) :
« Une bande parmi les détenteurs de l'Ecriture serait heureuse de vous égarer. Mais ils n'égarent qu'eux-mêmes, sans s'en rendre compte.
O vous qui avez reçu l'Ecriture ! Pourquoi ne croyez-vous pas aux signes de Dieu, alors que vous en êtes témoins ? »
Sourate 3, verset 99 (trad. Si Hamza Boubakeur), Dieu s'adressant à Mahomet :
« Dis : O vous qui avez reçu l'Ecriture ! Pourquoi détournez-vous ceux qui croient du droit chemin ? Vous voudriez que celui-ci soit tortueux alors que vous êtes témoins ! Dieu n'est point inattentifs à ce que vous faites. »
Sourate 5, verset 116 (trad. M. Kasimirski), où le Jésus de Mahomet témoigne contre l'image que le même Mahomet se fait des Evangélistes ; remarquons au passage l'idée que le leader médinois se fait de la Vierge, qu'il imagine divinisée par les Chrétiens et formant le troisième élément de la Trinité… :
« Dieu dit alors à Jésus : As-tu jamais dis aux hommes : Prenez pour dieux moi et ma mère plutôt que le Dieu unique ? - Par ta gloire ! non. Comment aurais-je pu dire ce qui n'est pas vrai ? Si je l'avais dit, ne le saurais-tu pas ? Tu sais ce qui est au fond de mon âme, et moi j'ignore ce qui est au fond de la tienne, car toi seul connais les secrets. »
Sourate 5, partie du verset 17 (trad. A. Chouraqui) :
« Ainsi ils effacent [la Vérité], ceux qui disent :
Voici, Allah est le Messie, fils de Mariyam !
Dis : Qui s'opposerait à Allah s'il voulait faire périr le Messie, fils de Mariyam, sa mère, et tous, ensemble, sur terre ? »
Le Coran est donc très clair sur cette question : possibilité d'une falsification, cause de la falsification, falsification effective de la Révélation divine, mensonges et égarements des rebelles, les mensonges chrétiens dénoncés par Jésus de Nazareth lui-même, réaffirmation de la puissance divine et de la capacité de destruction qui l'accompagne.
Des accusations si nettes ne pouvaient que consolider la croyances musulmane en la supériorité absolue de l'islam - révélation divine directe, récente et pure de toute altération - sur les autres religions |2-3|. Cette prééminence déclarée de l'islam servira de justification à la conquête militaire, au prosélytisme armé, à l'éviction des non-musulmans des postes de commande de l'Etat, à l'utilisation du fisc comme moyen de pression idéologique, à l'humiliation systématique et délibérée des non-musulmans, au soutien financier des seuls musulmans par l'Etat islamique et à l'interdiction de toute propagande religieuse autre que musulmane |2-4|.
Cette suspicion jetée sur les Textes sacrés des religions rivales servant de légitimation au texte coranique, elle ne pouvait faiblir avec le temps sous peine de mettre en danger la crédibilité de la parole d'Allah. En fait, il est impossible aux docteurs de l'islam d'abandonner cette accusation de falsification sans mettre leur propre doctrine en danger : l'ambitieuse volonté de Mahomet de ruiner le crédit moral des anciennes religions révélées les contraint depuis le début à une attitude jusqu'au-boutiste. En voici un exemple moderne, visant ici les Evangiles, fondement du christianisme :
« Traité moderne de théologie islamique », S.H.Boubakeur, 1985, page 87 :
« Ecriture curieuse et paradoxale en vérité que le Nouveau Testament. On y trouve tout sauf le texte lui-même de la Bonne nouvelle (Injîl). Les Chrétiens ont suppléé à cette carence par une adroite substitution de la biographie de Jésus (Yashû', Isâ) à la doctrine qu'il était chargé de transmettre. Comme plusieurs biographies ont été consacrées au fils de Marie (Maryam) par de nombreux auteurs après son rappel à Dieu, il s'ensuit qu'il existe autant d'évangiles que de biographies. D'où la question : où est l'Evangile révélé? On ne peut honnêtement confondre une révélation divine qui a dû être faite en langue araméenne, c'est-à-dire celle de Jésus, avec des récits biographiques écrits en grec et en latin. |2-5| »
( Il faut préciser que l'auteur, en aucune manière un marginal ou un extrémiste, fut pendant de longues années le recteur de la mosquée de Paris et, à ce titre, un personnage entouré de considération par les représentants de l'Etat français.)
La question demeure donc la suivante : un chrétien doit-il avoir des doutes sur la véracité des Evangiles canoniques ? Y a-t-il des raisons valables de nourrir de tels doutes ?
Je vais mettre mon grain de sel dans la discussion, en précisant toutefois que je n'ai pas la prétention d'épuiser un sujet aux ramifications si étendues. Mon argumentation, dans ce chapitre, tiendra en cinq points. J'y joindrai, pour rendre le sujet plus accessible, une courte digression sur la nature et l'action de l'Esprit Saint, élément de la Sainte Trinité, donc de Dieu, selon l'opinion catholique.
2B Premier argument contre l'opinion islamique, ou l'irrecevabilité légale du témoignage de Mahomet :
Devant le tableau de la vie de Mahomet, on entend souvent ce commentaire : si certains des actes du prophète peuvent choquer une conscience du début du XXIe siècle, ils ne devaient probablement pas produire le même effet au VIIe, époque reculée, donc forcément moins raffinée. Et que Mahomet, la rétroactivité étant exclue de la pratique du droit, ne peut donc être condamné en vertu des dispositions d'un droit moderne. Grosse erreur. Les actes du prophète qu'un tribunal contemporain pourrait juger délictueux, criminels, étaient regardés de la même manière par un tribunal de son époque ; dans les parties du monde où les notions mêmes de justice et de droit étaient connues, évidemment. Voyons ce qu'il en était au VIIe siècle dans l'empire romain, Etat dont l'influence politique, culturelle et religieuse s'étendait loin dans la péninsule arabique ; Etat contre lequel le prophète proféra des menaces et qu'il menaça les armes à la main.
Je ne sais pas si Allah existe, car il ne semble avoir pris vie que par la bouche de Mahomet qui se proclama son prophète, mais Mahomet vécut bien, lui. Et c'est de sa bouche que sortit l'accusation de falsification. C'est du prophète dont il faut s'occuper, et non du dieu, si dieu il y eut jamais… Dans l'affaire de la prétendue falsification des Evangiles canoniques, ouvrages rédigés par des sujets de Rome sur le territoire de son empire, quelle preuve Mahomet apporte-t-il en soutien de ses affirmations ? Rien d'autre que sa bonne foi apparente, proclamée ; en fait il témoigne pour lui-même, seul. Comme la première condition d'un témoignage devant une cour de justice est l'honorabilité du témoin, laquelle conditionne la recevabilité du témoignage, il importe de savoir si les actes reprochés au prophète de l'islam dans le chapitre précédent, du vol à l'enlèvement, du meurtre au recel, pouvaient, dans le droit romain de son époque, avoir une quelconque influence sur son honorabilité. J'ai relevé les passages suivants dans « Etudes sur l'infamie en droit romain », de Léon Pommeray |2-6| :
 Page 9 : « L' infamis, c'est l'individu qui a mauvaise réputation, le mal famé, et le substantif marque la rumeur défavorable dont est entouré un être ou un acte. » ;
 Page 23 : (tirés de la liste des actes pouvant faire tomber l'infamia sur celui qui les commet) « …la conduite irrespectueuse envers les magistrats, la condamnation criminelle pour un acte déshonorant… » (en droit romain, le vol, le meurtre, le complot contre l'Etat, la séquestration…etc. sont des actes déshonorants entraînant condamnations pénales, ou vice-versa.);
 Page 105 : « L' existimatio d'un individu peut donc être attaquée, soit par l'opinion publique, soit par un jugement… »
 Page 104 : « L' existimatio [ou l'honneur], à l' integritas de laquelle il est porté atteinte, dès qu'un fait considéré comme générateur d'infamie s'est produit, aura des conséquences judiciaires ; l'individu qui se trouve dans un semblable cas, risquera de voir plus facilement sa culpabilité admise ou, encore, pourra être plus sévèrement condamné, surtout lorsqu'il se trouvera revenir devant la justice comme délinquant récidiviste. »
 Page 109 : « La culpabilité, enfin, se déterminera, à défaut d'arguments péremptoires, selon la bona ou la mala existimatio. »
Mahomet ne fut jamais condamné formellement par un tribunal, puisqu'il ne fut jamais pris. Mais le récit de ses exploits, de ses meurtres, de ses expéditions s'était, de son vivant, répandu par toute l'Arabie, lui donnant le prestige du razzieur heureux et redoutable à ses ennemis. Ce qui apparaissait à ses adversaires comme des méfaits était donc de notoriété publique ; qui plus est, ses partisans clamaient ses bonnes fortunes à tous vents, récits dont Bokhâri nous a conservé l'écho à travers les siècles. Il était donc, pour une bonne partie de l'opinion de son temps, mal famé, donc suspect pour tout tribunal avant même que de venir y déposer…
Qu'est-ce qui, dans le cours de la justice humaine, permet de juger de la bonne foi d'un témoin entendu dans une affaire particulière, si ce n'est, en général, son comportement dans la vie ? Ibn Taimiya est bien de cet avis |2-7|. Aux paroles du doux, du scrupuleux, du patient, du généreux, du juste, du charitable, du constant, on accordera facilement créance ; on doutera de celles du violent, du rancunier, du retors, de celui qui assouvit ses instincts de domination, de celui dont les mains sont tachées de sang ; on doutera peut-être plus encore de celle de l'homme qui, de façon calculée, tel un fauve habile en stratagème, prend tour à tour la posture du lion et celle de l'agneau. Dans le chapitre précédent, j'ai rappelé ce que les pieux biographes de Mahomet ne songent nullement à dissimuler, ce que, bien plutôt, ils exhibent avec fierté et proposent comme source d'imitation, soit que leur grand homme ordonnât ou prescrivît des actes que les règles de morales les plus communes de l'humanité rangent dans la catégorie des crimes. Celui qui commandita des assassinats, qui se fit livrer des captives pour en jouir, qui poussa ses partisans au brigandage, qui dépouilla les individus qu'il avait, au préalable, réduits à l'impuissance, qui fit massacrer, lentement, froidement et sous ses yeux, des centaines d'êtres humains aux mains liées, qui, après avoir poussé à la guerre, déclara qu'elle n'était point le temps des duels honorables mais celui de la tromperie |2-8|, cet homme- là mérite-t-il, sans autre examen, que l'on accorde créance à ses accusations les plus extraordinaires ?
Je dis moi que cet individu ne mérite pas la confiance d'un homme libre. Que, donc, ses propos doivent être pris pour ce qu'ils semblent être : des phrases blasphématoires et injurieuses, remplies de frustration et de fureur, qui témoignent de la rage d'un être devenu puissant en ce monde, certes, mais incapable de se faire aimer par la seule force de son verbe. D'un être qui, au sang qui déjà teintait sa lame, voulut joindre la souillure de la calomnie.
Admettons maintenant que, pour ne pas rater l'occasion d'un beau combat, pour ne pas laisser croire que la défense se limite à cela, on en vienne à ne point regarder comme nul le témoignage d'un homme aux méthodes si expéditives.
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