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Le chapitre 2 du "Contre Mahomet" (parties 2C et 2D )
LIENS:
2C Deuxième argument contre l'opinion islamique, ou de la supériorité du fond sur la forme, du contenu réel sur la provenance théorique :
Pour les docteurs musulmans, les Evangiles canoniques ont été falsifiés, ils ne sont donc plus valables, au mieux suspects. Le Coran lui ne l'étant pas, il l'emporte naturellement sur eux quatre.
Mais cela laisse une question en suspens : si les Evangiles, si la doctrine qu'ils renferment, ne sont pas nés de la bouche et de l'exemple du Rédempteur divin que les chrétiens ont reconnu dans la personne de Jésus de Nazareth, si le Christ tel que le conçoivent les chrétiens n'existe pas, qui créa ces écrits, et, surtout, la doctrine qu'ils servent à propager ? Car cette doctrine, elle, quoi que l'on puisse penser de l'origine des Evangiles, est sublime et bien faite pour enrichir l'humanité : « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre ! |2-9| », « Et si sept fois le jour, il [ton prochain] pèche contre toi et que sept fois, il revienne à toi, en disant : Je me repens, tu lui remettras. |2-10| », « C'est ainsi, je vous le dis, qu'il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n'ont pas besoin de repentir. |2-11| » …etc. Mais si les Evangiles en notre possession sont l'œuvre d'un faussaire, c'est alors qu'ils ne sont point d'une main inspirée, donc pas de Dieu. Ce qui trompe est objet de mépris et de méfiance, et ne peut être adoré et admiré ; Dieu étant, depuis tant de siècles pour ses secours, admiré et adoré, il ne peut tromper. Si les Evangiles qui sont en notre possession sont l'œuvre d'un faussaire, les enseignements qu'ils contiennent et la doctrine que l'on peut en tirer, ne viennent pas de Lui.
Me vient alors à l'esprit la question suivante : qui a donc pu les écrire ? Si c'est un faussaire, ce n'est pas Dieu. Et si ce n'est pas Dieu, c'est alors qu'Il doit nécessairement réprouver cet enseignement, fruit d'une trahison ; le crime n'étant jamais parfait, la découverte de la fraude doit entraîner la disqualification de la doctrine qui en a été tirée… Si la lumière qui émane de l'Evangile (« Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres ;… |2-12| », « Et moi, je vous le dis : demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez, … |2-13| ») n'est pas celle de Dieu, sans se poser la question de savoir de qui elle émane, c'est que Dieu, pour n'avoir rien produit de si élevé que les enseignements christiques, n'est point capable d'une si grande élévation d'enseignement. C'est donc qu'il se montre médiocre par rapport à - puisque le Christ ne serait point à l'origine des Evangiles canoniques - l'Anonyme qui les rédigea. Et que donc, s'il est d'une envergure moindre que cet Anonyme, c'est ou qu'il est divinité de moindre importance que ce dernier, donc qu'il y a plusieurs dieux, ou, qu'étant plus petit que l'une de ses créatures, il n'est point Dieu. Et que, donc, si l'on admet qu'il doit y avoir un dieu, l'Anonyme est Dieu.
Si l'on réprouve les enseignements des Evangiles parce qu'issus de la main d'un faussaire, alors la dernière manifestation divine destinée aux humains doit être le Coran. Le Coran, par ses principes juridiques marqués par l'inégalité et la brutalité (voir le chapitre 4 suivant ), se montre moins doux, et moins exigeant moralement que ce que l'on peut tirer des Evangiles. Donc, si Dieu est créateur du Coran et pas des Evangiles canoniques, Dieu est moins doux et aimant pour ses créatures que le faussaire rédacteur desdits Evangiles ; qu'il lui est inférieur sur ce plan. Question : un dieu peut-il être inférieur à l'une de ses créatures ?
Si Dieu est créateur à la fois du Coran et des Evangiles canoniques, qu'il n'y ait donc plus de place pour un quelconque faussaire, c'est alors que Dieu se contredit, puisque les enseignements contenus dans les Evangiles diffèrent de ceux contenus dans le Coran |2-14|. Un dieu unique peut-il se contredire ? Un être divin peut-il faire ainsi étalage d'une telle confusion qu'il en vienne à se contredire lui-même devant le monde ? Un être confus est-il digne d'adoration ? Si non, c'est qu'il y a plusieurs dieux. Donc que la prédication de Mahomet, plutôt que de consolider le monothéisme et de détruire le polythéisme, aura instauré, au moins sur le territoire de l'empire romain, un bi-théisme de fait, composé du Dieu trine des chrétiens et d'Allah.
Si l'on dit que cette contradiction n'est qu'apparente et qu'elle ne provient que d'un changement d'opinion de Dieu - changement d'opinion comme le Coran en donne tant d'exemples… |2-15| -, Dieu qui, après avoir inspiré les Evangiles, aurait trouvé cet enseignement imparfait, mal adapté, et aurait décidé d'en produire un meilleur par le Coran, c'est donc admettre que Dieu peut ne pas savoir ce qui convient à ses créatures, donc qu'Il peut ignorer et se tromper, donc, par la manifestation d'imperfections dans sa personne, nous apprendre qu'Il n'est pas Dieu.
Et si l'on dit que ce double enseignement, celui des Evangiles et celui du Coran, ne fut que le produit de l'état graduel d'avancement de la civilisation humaine, laquelle, par ses indéniables progrès, se prêterait avec le temps à la réception d'une doctrine toujours plus raffinée et proche de la perfection, alors on se heurte alors au fait que les propos de Jésus de Nazareth apparaissent comme plus profonds et doux que ceux de Mahomet. (« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, … |2-16| », « En vérité je vous le dis, quiconque n'accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n'y entrera pas. |2-17| » Comme la civilisation des Hommes avance, en fait de comportement, non vers la brutalité, mais vers la douceur et ce que l'on nomme, d'une manière très révélatrice, « l'humanité », alors il faut bien admettre que le Jésus des Evangiles était plus en avance que Mahomet, que celui qui rendit impossible la lapidation des femmes était plus « dans le vent de l'histoire » que celui qui ordonna et participa à de telles lapidations |2-18|.
Donc, il faut admettre aussi que cette explication, celle qui fait dépendre les degrés de la révélation divine du degré d'avancement de la civilisation humaine, n'est point admissible dans le cas d'une préexistence des Evangiles sur le Coran. Le contraire pourrait être vrai, mais l'histoire est là pour s'y opposer.
Donc, seul celui qui nie la qualité de texte révélé au Coran peut être en accord avec la logique.
On pourrait dire aussi que seule une partie des Evangiles a été falsifiée, celle, précisément, qui permet de dire que ces mêmes Evangiles sont plus doux, élevés, « humains » et civilisés que l'enseignement du Coran. Mais la pratique des chrétiens par exemple en matière de lapidation des femmes adultères, ce depuis le commencement de leur existence en tant que groupe religieux distinct, témoigne qu'ils n'ont point eu d'autre loi que celle qui sauva la pécheresse par la bouche de Jésus |2-19|). S'ils n'ont jamais rien pratiqué d'autre, c'est qu'ils n'ont jamais rien entendu ou lu qui diffère de l'épisode rapporté dans les Evangiles. Et c'est donc que ce passage de l'Evangile provient bien de l'exemple et de l'enseignement du Christ. Donc qu'il s'agissait là d'un fragment authentique du fameux « injil » que les docteurs de l'islam disent être véridique en place des quatre Evangiles canoniques. Si, donc, le véritable « injil », que les musulmans disent avoir existé, interdit en fait les châtiments de cette sorte, le Coran, qui les autorise, et Mahomet, l'homme idéal selon l'islam, qui les met en pratique, lui sont inférieurs en humanité, douceur et civilisation.
Il ne sert donc de rien aux musulmans de prétendre que seule une part des Evangiles canoniques est le fruit d'une falsification si, dans les parties essentielles, ils ne peuvent rien apporter en soutien de leurs prétentions. Donc, Jésus fut supérieur à Mahomet, et son enseignement au sien.
Et si Jésus enseigna des choses de plus grande valeur que Mahomet, c'est que Jésus fut d'une nature supérieure à Mahomet ; que si Mahomet fut prophète, comme il l'affirme lui-même, Jésus fut plus que prophète. Et si Jésus fut plus qu'un prophète, c'est alors qu'il fut Messie. Et si Jésus, étant meilleur maître que Mahomet, dut subir les corrections et censures de ce dernier, c'est que Mahomet est objectivement son ennemi. Et si le Messie doit affronter un prophète ennemi, c'est alors que ce prophète ne prophétise point pour le compte de Dieu, lequel est réputé mandataire du Messie. Et si donc Mahomet n'est pas du parti de Dieu, je vous laisse deviner de quel parti il est.
2D Troisième argument contre l'opinion islamique, ou de l'impossibilité de trafiquer de la parole d'un dieu vivant :
Dans cette affaire, Mahomet admet trois choses : que Dieu est tout-puissant, que les messages qu'Il envoie aux Hommes ont été consignés dans les recueils nommés Thora, Evangile et Coran, et que les deux premiers de ces ouvrages ont été falsifiés par Ses propres créatures.
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu » lit-on dans le prologue de l'Evangile de saint Jean : La parole d'un humain libre et sain d'esprit n'est-elle pas la première manifestation de son pouvoir, de son autorité, de son indépendance vis-à-vis d'autrui ? Lequel d'entre nous accepterait volontiers de voir ses propos déformés et colportés sous une forme frelatée ? Nous assumons quelquefois nos erreurs ou nos fautes, jamais les paroles que nous n'avons pas dites. Un homme puissant se laisse-t-il couper la parole par un inférieur ? Laisse-t-il sans réagir ce même inférieur trafiquer ses phrases et sa bonne foi ? Si cet homme laisse faire, c'est ou qu'il n'est pas de bonne foi, ou qu'il n'est pas puissant …
Et un dieu ? Un Dieu tout-puissant ? Comment réagit un tel être quand on trafique ses mots et ses volontés ? S'il n'interdisait la chose, Lui à qui rien n'est impossible, c'est qu'il serait alors si différent des Hommes qu'aucune communication, ni aucune confiance ne pourrait jamais s'établir entre Lui et nous. Dieu nous serait alors parfaitement étranger et incompréhensible. Dieu ne serait, dans ce cas, qu'un être obscur, à la puissance redoutable et menaçante. Voilà une description bien faite d'ailleurs pour plaire au prophète de l'islam, puisque c'est précisément celle qu'il donne de son dieu. Cette divinité dont il dit qu'elle créa les Hommes, le mal, l'obstination des Hommes dans le mal, et, pour finir, la punition des Hommes obstinés par les tourments de l'Enfer…|2-20| En fait, la froideur, l'obscurité, le caractère redoutable de certains de nos actes sont aussi des caractéristiques humaines, comme tout ce que nous connaissons et voyons d'ailleurs : ce qui fait que le dieu de Mahomet ne nous est semblable que par nos défauts, et non par nos qualités, qui peuvent être la chaleur, la clarté et la bienveillance.
Conclusion : le dieu de Mahomet, s'il laissa modifier ses enseignements - ces enseignements dont dépend l'Enfer ou le Paradis - fut négligent et, par là, malveillant. Et un être malveillant n'est pas digne d'adoration.
Pour finir, faut-il le dire? s'il fut malveillant ou sottement négligent pour les Evangiles, qu'est-ce qui empêcha qu'il l'ait été aussi pour le Coran…? Le triste tableau qu'offre de nos jours le monde musulman pourrait le laisser penser.
L'argument suivant montrera que le texte de l'Evangile canonique, qu'il soit ou non d'origine divine, ne se laisse pas manipuler aisément.
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