En français, le mot « martyr », dans la tradition littéraire et religieuse, sert à désigner un individu qui meurt pour sa cause. Un homme qui témoigne de la justesse de sa cause au point de se faire tuer pour elle. Il n'a jamais désigné un meurtrier abattu après avoir commis son forfais. Même si ce meurtrier désirait, par ce geste, soutenir une cause politique, philosophique ou religieuse. Ni un combattant tombé les armes à la main, quand bien même ce combattant désirait mettre sa vie en danger pour une cause politique, philosophique ou religieuse. Les Croisés morts en Palestine ou en Sicile, les volontaires tués au combat des Brigades internationales de la guerre civile espagnole n'ont jamais été considérés comme des martyres. Comme des héros, oui, mais pas comme des martyres.
De même, les victimes civiles et innocentes des guerres étrangères ou civiles sont plutôt regardées comme malchanceuses.
Dans la Tradition islamique moderne, il semble que toute victime d'un événement violent, qu'elle en ait été à l'origine ou pas, si elle est de confession musulmane, soit désignée du nom de shahid, que l'on traduit en français par le mot « martyr ». Dans de tels cas, la traduction française est la plupart du temps malvenue, et certaines fois ridicule.
L'auteur de cet ouvrage s'est donné la peine d'aborder ce problème dans son introduction. Il y décline donc les diverses significations du martyr, d'abord dans le christianisme, puis dans l'islam. Dans le cas du martyr chrétien, certainement influencé par le sujet de son ouvrage, il insiste surtout sur le problème de la recherche active du martyr, de la provocation délibérée cause d'une mort recherchée.
Qu'il s'agisse du martyr chrétien ou de l'affrontement suicide musulman, sujet principal de son livre, l'auteur pénètre dans l'obscur domaine de l'effusion à fin de rituel religieux. Il ose donc, ce qui est courageux de sa part, un premier parallèle entre l'acte kamikaze islamique et le sacrifice humain de la religion aztèque. Il lui reste à oser un second pas en avant en comparant le rituel aztèque et toute l'institution militaire du jihad.
(M.X.Villan)
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