« Ce livre porte sur les mouvements qui, basés au Pakistan et en Asie Centrale, prônent l'établissement, au besoin par la lutte armée, d'un Etat islamique… » (page 5)
Sont donc compris dans cette étude les Talibans afghans, le autres partis islamistes afghans, les partis politiques islamistes pakistanais, les groupuscules terroristes qui en sont issus (tel le Dawat wal Irshad), les partis islamistes fondés dans les diasporas pakistanaises et arabes en Occident (tel le Hizb ul-Tahrir), les partis et groupuscules politiques islamistes d'Asie Centrale ex-soviétique (le P.R.I., M.O.I.), et les groupes terroristes à portée mondiale (al-Qaida). Viennent ensuite l'armée pakistanaise et les services de renseignements militaires pakistanais (I.S.I.), qui ont joué et jouent encore un grand rôle dans l'éclosion, le contrôle et l'utilisation de ces groupements.
L'éventail des groupements observés est donc large, et étudié sans concession.
Le degré de dévouement à la cause islamiste est très variable. Le Parti de la renaissance islamique tadjik, après avoir participé au premier rang à la guerre contre les néo-communistes (1992-1997), s'est rapidement assagit une fois la paix rétablie et s'est montré plus soucieux de prébendes et d'intérêts régionalistes que de propagation de l'islam. L'évolution du Jamiat-e Islami afghan de Massoud (le « commandant Massoud ») est allée un peu dans le même sens : islamiste militant à ses débuts, pragmatique et plus ouvert de nos jours.
Dans leur analyse de la situation pakistanaise, les auteurs en dressent d'abord un tableau général : divisions ethniques et religieuses (chiites, sunnites, puis déobandis et barlevis ; Sindis, Mohadjirs, Pendjabis, …).
« La principale matrice du nouveau radicalisme néofondamentaliste issu des milieux conservateurs est l'école déobandie … » (page 28)
Les partis représentatifs de cette mouvance sont le Jamiat-e Ulama-e Islam et le Ahl-e Hadith, ce dernier tendant vers le modèle wahabite. Les luttes engagées par ce parti, avec la bénédiction de l'ISI., sont principalement dirigées contre la minorité chiite pakistanaise, regardée comme hérétique.
Le groupe Sipah-e Sahaba-Pakistan fut fondé en 1985 avec le soutient de l'armée pakistanaise précisément pour lutter contre les chiites pakistanais. S'ensuivirent meurtres individuels et mitraillades de mosquées au Pakistan ; le S.S.P. s'est illustré en Afghanistan en combattant aux côtés des Talibans. On lui attribue plusieurs massacres de chiites afghans.
Quelques pages intéressantes sur les débuts en Afghanistan de ce qui deviendra al-Qaida :
pages 21 à 25.
Depuis le début des années 80, on assiste à une privatisation de la notion de jihad : des individus se constituent d'eux-mêmes en groupement et se lancent dans la lutte armée. L'I.S.I. supervise cette floraison. Elle utilise ces groupes pour lutter contre l'Inde au Cachemire et contre les chiites au Pakistan même (page 33). Les pages 34 à 37 donnent nombre d'exemples de cette floraison de groupes violents.
Des groupes pakistanais comme Lashkar-e Taiba recrutent pour le jihad, essentiellement contre l'Inde. Les pages 41 et 42 sont consacrées à la propagande anti-indienne au Pakistan, massive et multiforme, produite par des groupes comme Lashkar-e Taiba. Entre 100 000 et 300 000 jeunes guérilleros ont déjà été formés par le Lashkar, dont des Pakistanais de Grande-Bretagne (p. 41). Les pages 41 à 46 sont consacrées aux « martyrs » tombés au Cachemire, en particulier dans des attaques… quasi-suicidaires. Page 42-43 sur le statut élevé du « martyr » dans l'échelle sociale pakistanaise.
Les pages 50 à 53 parlent de la prise en mains et de la réorganisation des volontaires arabes en Afghanistan (y compris ceux venu d'Occident) par Ben Laden, ce après le retrait soviétique, puis l'expulsion par les Talibans des troupes de Massoud de Kaboul (1996).
Les pages 58 à 62 donnent des exemples de la fluidité transnationale des mouvements de personnel autour des Madrasas (écoles religieuses) et des organisations pakistanaises, dans la diaspora pakistanaise en Grande-Bretagne, dans les pays arabes et en Afghanistan.
« Les mouvements radicaux sont donc en permanence travaillés par en haut, par des influences internationalistes …, et par en bas, par des logiques locales … » (page 65)
Pour terminer, voir le retournement du gouvernement pakistanais, présidé par le général Musharraf, qui, sous la pression US causée par le 11 septembre 2001, fait abandonner officiellement à l'Etat pakistanais, le 12 janvier 2002, la ligne politique internationaliste, chère aux partis islamistes, au profit d'une politique qui fait du Pakistan un Etat-nation, territorialement délimité (pages 71 à 75). Est ainsi abandonnée, au moins pour le moment, l'idée d'un Pakistan chef de file des nations islamiques. M.X.Villan
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